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habari! Novembre 2010

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habari! 3/2010 (PDF)

 
 
 
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Entretien avec Vijay Mahajan

responsAbility a eu l’opportunité d’interviewer Vijay Mahajan, l’une des personnes les plus influentes du marché indien de la micro-finance. M. Mahajan est président du Conseil d’administration du CGAP (Consultative Group to Assist the Poor – Groupe consultatif pour l’aide aux pauvres) et le fondateur et Directeur Général de BASIX, groupe de sociétés indiennes assurant la promotion des moyens de subsistance en offrant des microcrédits et toute une gamme d’autres services financiers incluant la microassurance et la microépargne. Un fonds géré par responsAbility est investit dans le groupe BASIX par le biais d’un fonds indien de microfinance.


L’Inde est l’un des marchés frontières («Frontier Markets ») qui enregistre des taux de croissance les plus élevés. Quel est le potentiel du marché indien de la microfinance, et quelle sera, selon vous, l’évolution de ce marché dans le futur ?
En Inde, 300 millions de foyers ont un accès très réduit aux services financiers. Le secteur indien de la microfinance actuellement touche entre 60 et 75 millions de personnes, comparé à une demande potentielle de 750 millions d’adultes. Cela signifie que seulement 10 % du marché est actuellement couvert. Pour le modèle de groupe de banque d’auto-assistance (Bank-SHG) notamment, le montant du crédit est bien inférieur à la demande.

En termes de valeur, cette demande se traduit par à peu près 150 milliards de dollars de crédit, en estimant un montant moyen d’emprunt d’environ 200 dollars par emprunteur. On peut donc s’attendre à ce que le marché se développe naturellement pour répondre à la demande non satisfaite à ce jour. Compte tenu de la forte croissance générale de l’économie indienne, la demande moyenne de crédit par client pourrait également augmenter, passant de 200 à 400 dollars au cours des cinq prochaines années. Cela se traduirait par une demande de crédit supplémentaire de 150 milliards de dollars.

Au-delà du crédit, la demande de services d’épargne provenant des foyers pauvres trouve une réponse encore inférieure. Ce n’est que dans les deux ou trois dernières années que, sous les directives de la Reserve Bank of India (RBI), les banques ont ouvert approximativement 50 millions de comptes « de base » pour les foyers pauvres. Ces comptes sont principalement utilisés pour centraliser les paiements gouvernementaux comme les salaires dans le cadre de la loi « National Rural Employment Guarantee Act » (NREGA). Les établissements de détail (connus sous le nom de « business correspondent outlets » ou BCO) soutenant un nombre aussi grand de comptes doivent encore être mis en place. Une fois en place, les mêmes BCO peuvent être utilisés pour permettre aux pauvres d’envoyer et de recevoir des fonds, en répondant ainsi à la demande de services de remise.
 
La demande en services d’assurances - vie, santé, récoltes et bétail - n’est pas prise en compte de manière adéquate. La tâche est dans ce contexte plus difficile, la demande étant latente, et les clients devant être éduqués sur les avantages à contracter de telles assurances. Le taux de pénétration de marché de l’assurance-vie est inférieur à 20 %, et ceux de l’assurance maladie et les autres assurances sont encore inférieurs.

En résumé, même si le secteur indien de la micro-finance semble être devenu très important, il reste une fraction de la demande prévue, et les cinq à dix prochaines années verront une forte croissance.


La réglementation et la supervision sont très importantes dans un marché de micro-finance mature. Reste-t-il une place pour une amélioration de la réglementation du marché indien de la micro-finance ?
Le secteur indien des institutions de micro-finance (MFI) est très bien réglementé par la RBI. Plus de 80 % du crédit fourni dans le cadre du modèle des MFI est fourni par des sociétés financières non bancaires (NBFC) réglementées par la RBI, qui devront satisfaire à des normes minimum de capital d’environ 0,5 million de dollars, mais aussi maintenir un ratio d’adéquation de fonds propres correspondant à 15 % des crédits. Elles doivent constituer des provisions pour des actifs non performants et se conformer à des normes de concentration du risque. Les NBFC ne sont en outre pas autorisées à prendre des dépôts d’épargne.

Bien que le cadre réglementaire des crédits soit très favorable, le refus par la RBI d’autoriser les NBFC à prendre des dépôts a écarté les clients des MFI d’un service très important : l’épargne. Ce problème est partiellement résolu en autorisant les banques à ouvrir un grand nombre de comptes d’épargne et à les servir par le biais de BCO.

Deux introductions en bourse de MFI ayant fait l’objet de controverses ont été lancées ces derniers mois. Prévoyez-vous de lancer une introduction en bourse pour le groupe BASIX ? Et pour quelle raison ?
En Inde, lever des capitaux provenant d’institutions dépassant un certain montant devient difficile. Même le plus grand fonds de capital-investissement investirait rarement plus de 50 à 60 millions de dollars dans une seule MFI. Une MFI dont le portefeuille de crédit courant atteint approximativement 1 milliard de dollars et enregistrant, par exemple, une croissance de 50 % par an devra lever approximativement 75 millions de dollars pour maintenir son ratio d’adéquation de fonds propres à 15 %. Ce type de capitaux ne peut être levé qu’auprès du marché de capitaux indien. Une introduction en bourse est donc inévitable pour un portefeuille de crédit au-delà d’un certain montant et d’une certaine croissance.

BASIX se situe largement en dessous de ce seuil. Il est donc improbable qu’une introduction en bourse soit lancée dans un avenir proche.
 
Les discussions actuelles concernant l’introduction en bourse de l’institution de microfinance indienne SKS Microfinance font état d’inquiétudes quant à une dérive par rapport à la mission déclarée et à des enrichissements personnels non autorisés. Quelle est votre opinion concernant ces inquiétudes ?
Bien qu’il soit inexact de généraliser sur la base d’un seul exemple, certaines actions du promoteur et de cadres supérieurs de SKS, avant et après l’introduction en bourse, entraînent bien de telles questions sur une dérive possible par rapport à la mission déclarée et à un enrichissement personnel disproportionné. On ne doit toutefois pas oublier que c’est souvent le premier initiateur qui empoche des bénéfices plus que normaux. On doit accorder à SKS le crédit d’avoir ouvert la voie des marchés de capitaux et d’avoir lancé la première introduction en bourse en Inde. Nous devons néanmoins nous assurer que le reste des grandes MFI agissent de manière responsable, ainsi que les promoteurs, employés et les investisseurs recherchant des rendements raisonnables et non aléatoires offerts par la micro-finance. Autrement, le secteur verra sa cote d’estime baisser auprès des personnes ordinaires mais aussi des investisseurs et des régulateurs. Cela est récemment arrivé à Andhra Pradesh qui représente 40% du marché de la micro-finance

Comment pouvez-vous vous assurer de l’impossibilité d’une dérive éventuelle de la mission déclarée pour le groupe BASIX ?
Nous nous appuyons fortement sur notre vision, qui est exprimée dans notre devise « Equity for Equity » (Des capitaux pour l’équité), qui désigne une utilisation de la puissance du capital pour une plus grande justice sociale. Notre mission est basée sur cette vision. Nous attirons donc des personnes, allant de membres de notre Conseil d’administration à des cadres supérieures et acteurs sur le terrain, chez qui cette vision trouve un écho. Nous avons des processus organisationnels solides permettant l’intégration interne de cette vision et sa mise en action, même en cas de changement des circonstances. Nous voyons donc peu de chances de dérive par rapport à notre mission déclarée dans le groupe BASIX.

Quel est et quel sera le rôle des investisseurs étrangers, comme responsAbility, dans le groupe BASIX ?
Même si un montant important de dette bancaire est disponible pour les MFI en Inde, l’offre de fonds propres provenant de sources indiennes est très limitée. L’objectif principal des investisseurs étrangers est donc de soutenir nos fonds propres. Les investisseurs étrangers amènent avec eux de bonnes pratiques de gouvernance et une connaissance des meilleures pratiques dans des domaines fonctionnels comme la gestion du risque, les technologies de l’informationet le développement des organisations et prêtent une grande attention à l’adéquation entre la mission déclarée et la stratégie mise en pratique.

Où en sera le groupe BASIX dans cinq ans ?
Nous nous sommes fixés pour objectif d’atteindre dix millions de foyers pauvres en Inde et 1 million dans d’autres pays en voie de développement d’ici 2014. Nous leur fournirons un accès au micro-crédit, mais aussi à une gamme complète de services financiers permettant une intégration (épargne, versements, assurances, pensions, etc). Nous irons au-delà de ces services financiers permettant une intégration et leur fournirons des services de promotion de leurs conditions de vie comme des améliorations de la productivité dans l’agriculture et l’élevage, des liens avec les marchés, une formation à de nouvelles compétences et le cumul de microcrédits liés au carbone. Le groupe BASIX constituera donc l’institution de promotion des moyens et conditions de vie la plus avancée du monde.
 
 
* Un groupe de banque d’auto-assistance (SHG) est un petit groupe d’affinités, économiquement homogène, de ruraux pauvres ayant une perception commune de besoins et une motivation commune pour l’action collective, volontairement formé pour épargner, et acceptant mutuellement de contribuer à un fonds commun pour des prêts à ses membres, sur la base de la décision du groupe, pour répondre à leurs besoins émergents, à des fins de productivité et de consommation.
 
 
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Éditorial 
 
L’Inde est un pays de contradictions : nation économique en plein développement et plus grande démocracie du monde, mais aussi pays dans lequel des millions de gens ont faim.
 
 

 
Klaus Tischhauser
Directeur
responsAbility
Social Investments AG
 
 
 
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